Mercredi 23 juillet 2008

        La librairie allait fermer. J'étais entrée tardivement, prise de cette pulsion soudaine qui m'entraînait souvent vers ce temple des livres, à la recherche d'une pièce manquant à mes rayonnages. Je construisais ma bibliothèque comme on assemble un puzzle, me procurant plus de recueils que de raison, accumulant plus vite que je ne saurais jamais lire.

       Ce soir-là, je n'avais pas encore trouvé d'ouvrage pour m'apaiser. Je possédais déjà les mondes inexplorés les plus tentants du coin science-fiction. J'avais déjà suivi toutes les pistes vers l'inconscient du rayon psychologie. Pourtant il me fallait un livre, comme on aime à se raccrocher à une amulette, un gri-gri qui nous guiderait dans l'inconnu.

       La libraire aux joues parcheminées avait déjà enfilé son manteau. J'aurais voulu disparaître dans un trou de souris pour échapper à son attention. Je m'enroulai dans la tenture qui me séparait de l'arrière-boutique. J'entendis le criaillement du rideau métallique qu'on abaissait, puis plus rien.

          Il me semblait que le plafond s'éloignait de plus en plus. Soudain le velours cessa de défiler sous mes doigts qui ne rencontraient plus que le vide. Le bas du rideau frôlait mes cheveux dressés. Je pénétrai dans l'immense arrière-boutique. Des piles de livres neuf fois hautes comme moi y formaient de savants échafaudages. Tout en haut, sur une étagère suspendue au plafond par deux cordes, je sentis la présence du livre. Celui qui m'attendait comme un ami tenant promesse. Il aspirait toute ma volonté.

       Un pied de table se trouvait à portée avec quelques prises dans la boiserie torsadée. Absorbée par mon ascension je me heurtai au plateau de la table. Impossible de franchir ce surplomb.

        J'entendis miauler avant de pervevoir les yeux luisants d'un fauve gigantesque. Je retins mon souffle et tâchai de sembler plus grenouille que souris. J'aurais pu passer la main dans la pupille dilatée du chat si j'avais osé faire le moindre geste. Il me frôla de la truffe et bondit sur la table, laissant négligemment traîner sa queue. Je m'y agrippai en me faisant la plus légère possible. Agacé, l'animal balaya l'air et me projeta sur l'étagère suspendue. Mon front heurta le coin cartonné d'un vieux roman. J'en étais quitte pour un bleu.

         Par la fenêtre entrait la lueur bleutée d'un réverbère. J'escaladai un empilement jusqu'à ce que le livre qui m'attirais fût à portée de main. Sa reliure de cuir était chaude, apaisante. Je m'arc-boutai pour la soulever. Sur la première page, rien. Sur la deuxième, rien non plus. Ni sur la suivante. J'avais trouvé la clef de mes songes : un livre blanc à lire entre mes lignes. La pièce commença à tanguer.

Par Elvys - Publié dans : nouvelles et contes
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Mercredi 23 juillet 2008
 Lire sur sa peau
          le parfum du désert

Caresser l'ambre de ses dunes
      soleil en alambic
Tout est poussière du ciel
      par les sentes boisées
             de ses reins

Dans la moiteur du soir
      l'illusion se disloque sans bruit
          comme dégrafée
   sous la main vagabonde

et se dénoue le masque
        des sanglots suspendus
    flibuste d'un instant fusion

Par Elvys - Publié dans : poèmes
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Mercredi 23 juillet 2008
 

              Loin dans l'espace du silence
    nos lambeaux de soi disloqué
l'intermittence de nos spectacles
    faunesques
       l'insoumission de ma souffrance
             Loin dans l'espace du silence


             Le désaccord à fleur de peau
        à frotter nos chairs enragées
   la colère dissoute en nos veines
        lucide
             Le désaccord à fleur de peau

 

              A l'horizon naufragé
         rêves en fuite
    la douleur comme démarcation
 toi sans moi
    ne faisant plus qu'un 
       déchirure innocente
          lapidaire
              A l'horizon naufragé

Par Elvys - Publié dans : poèmes abstraits
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Mercredi 23 juillet 2008
  Solitude ailée
    offerte au silence

Sur le chemin des retrouvailles
      s'inscrire en arabesques

On se révèle à soi
          démasqué
     dans l'intime du carnet

Matin de plume et d'encre
      entre soi et soi

Vient le temps du partage
        on tend un bouquet de mots
    à la virtualité
tissée de mille voix

dont l'écho
     dessine
 un cercle de joie

Par Elvys - Publié dans : poèmes
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Mercredi 23 juillet 2008
 

Engouffre
        Engouffre le ciel dentelé
    entre les toits

Engouffre l'avenue trépidante
   et le tourbillon
       des passants pressés

Engouffre à foison
             l'asphalte fondant
        au soleil des portes closes

Engouffre

    Engouffre

Engouffre l'afflux vital inondant la place
            et le dédale des rues
    sous tes pas échevelés

 

Engouffre encore
       la ville grouillante
   jusqu'à la dernière goutte

 

Engouffre la vie brûlante
      comme au dernier matin

Par Elvys - Publié dans : poèmes
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Mercredi 23 juillet 2008
 

Harmonie noire

 

Gouttes de jazz
         en larmes noires
    arabica

notes d'ailleurs
      ricochant
           sur la terrasse

le soleil tremble d'apparaître

il flotte
       un parfum de mélancolie
                qui s'enroule
          autour des tasses

les souvenirs se noient
              dans l'amertume brûlante

s'échappe
            entre deux accords
     un songe déchu

on croirait à l'automne
       à la parure rousse
              des ormes

Soudain
        un brin de lumière
    éclaboussure d'or
 sur le saxo
  
intermède

 

la contrebasse
     couchée
  piaffe d'impatience

Soleil noir
    dans les tasses

Musique !

Par Elvys - Publié dans : poèmes
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Mercredi 23 juillet 2008
 

    Chagrin de décembre
Sur la joue fraîche et rosie
          Un flocon salé

 

            Printemps orageux
Plus vert qu'un bourgeon naissant
               L'oeil étincelant

 

                 Eté solitaire
Tranchant comme un fil de faux
              Un cri sans écho

 

         Souvenir d'automne
Châtoiement de roux et brun
            Douce chevelure

 

Par Elvys - Publié dans : poèmes
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Mercredi 23 juillet 2008

Un petit conte naïf...

                     ***

         Je ne sais plus qui je suis.
         Mon plus lointain souvenir date de la forêt bruissante. Dans la demi-pénombre d'une clairière, je contemplais Onirya, naïade de la fontaine de l'Oubli. Des larmes scintillaient sur sa joue bleue pâle. Ses doigts fluides glissaient sur les rayons de lune comme le long des cordes d'une harpe argentée. Je m'approchai, transpercée par la mélodie comme par mille aiguilles de glace. La musique me laissait un goût de givre sur la langue. Des frissons me parcoururent l'échine et la nuque et dans un courant d'air glacial, je vis une silhouette brumeuse s'échapper de moi et plonger dans la fontaine, emportant tous mes souvenirs.

               Je me suis regardée dans l'eau figée de la vasque : mon visage était couvert de mille rides, des sourcils épais et gris mangeaient mon front, de longs cheveux argentés courvraient mes épaules et ma bouche tait plissée en un rictus effrayant. Pourtant, je n'ai pas vécu si longtemps.
            Depuis, j'erre dans la forêt bruissante, chantant ma plainte derrière un masque de feuilles, espérant que mon ancien amant, dont je garde l'empreinte imprécise, me retrouve.
            Voici qu'un sanglier déboule devant moi. J'entends le galop des chasseurs à courre qui le poursuivent. Fou de rage, l'animal me charge et me renverse, piétinant mon visage dont le masque tombe. Je hurle. Arrivent les chasseurs. Un homme au port altier, au manteau d'hermine, ordonne à celui qui l'accompagne de s'occuper de moi, tandis qu'il poursuit le sanglier.

               Pour oublier la brûlure de mes plaies, je poursuis mon chant.

Errant dans la forêt bruissante
Derrière un masque de feuillage
Je cache un horrible visage
Tordu par la magie puissante

D'Onirya, naïade cruelle
Qui déroba mes souvenirs
Et mes traits fins pour assouvir
Sa soif de beauté éternelle

 

               Le jeune homme penche vers moi ses larges paumes pour relever mon corps transi. Il enduit mes blessures d'un onguent qu'il portait à la taille, dans une flasque. « Princesse Anya, j'ignore comment guérir le sort qui cache votre beauté, mais votre voix est reconnaissable entre toutes. Vous êtes la fille du Roi Dirac de Melrand, la promise de mon prince Elnor. Je vous ramène à son château pour l'attendre. Il souffre de ne plus vous voir et n'a le coeur à rien d'autre qu'à courir la forêt avec ses chevaux et ses chiens.
               – Qu'il coure ! Il n'a même pas daigné m'adresser la parole. C'est pourtant de sa faute si je saigne, ses chiens ont affolé le sanglier. Conduisez-moi à mon père. J'espère le reconnaître et recouvrir ainsi la mémoire. »
               L'écuyer me fait monter sur son cheval et m'amène à Fort-Melrand ou j'apprend que mon père se meurt. A son chevet, j'ai grand peine à reconnaître ses traits tirés. Sa vue a tant faibli que lui ne distingue pas mon visage, mais ma voix lui est chère. Il prend ma main dans la sienne et prononce ses dernières paroles.
               « Epouse ce jeune homme qui t'a ramenée à moi, son coeur est pur, il me succèdera. »

               Le mariage est célébré très sobrement après quelques jours de grand deuil, pour accomplir les dernières volontés du mort. J'ai recouvert la mémoire mais nul prêtre ne parvient à rompre l'enchantement qui me défigure. Je propose à mon mari Romuald de porter un masque d'argent pour couvrir mon visage.
               « Je veux te voir telle que tu es. Tu n'auras jamais à te cacher pour moi. La beauté n'est qu'apparence et c'est ce que tu es vraiment qui m'est cher. »

                Quant au prince Elnor, au cours d'une promenade en forêt, nous avons vu son reflet givré dans la fontaine de l'Oubli, à jamais prisonnier d'Onirya qui me jalouse tant qu'elle a refusé de me rendre mes traits.

Par Elvys - Publié dans : nouvelles et contes
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Mercredi 23 juillet 2008
Bienvenue sur Opalescence ! Ce blog est en cours de fabrication quant à sa mise en page. C'est la première fois que j'en tiens un. Je souhaite partager mes poèmes et petites nouvelles avec vous. Ma passion : les ateliers d'écriture, l'échange autour des mots, leurs échos et les liens qui se tissent entre les lignes.

Par Elvys - Publié dans : au fil des jours
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